LES AGITATEURS DU CHANTIER MOBILE S’INSTALLENT SUR LA PRESQU’ÎLE D’AMBÈS

20 juillet 2011 dans Blog

Mardi 12 juillet s’est déroulée la station 3 du chantier mobile d’Evento 2011. Le chantier s’est établi dans le parc de Cantefrêne sur la presqu’île d’Ambès, à proximité de la centrale thermique de la ville tenant lieu de décor atypique et de point de départ à la thématique abordée ce jour : Transition industrielle/Nature-industrie/L’avenir de la presqu’île.

EVOCATION

L’après-midi débutait par une Promenade-Evocation de la Mémoire de la Centrale Thermique en cessation d’activité depuis 2005 et en phase de démantèlement. Deux heures durant, le public a pu explorer ce territoire singulier où s’entrechoquent nature et industrie : une occasion de s’imprégner des lieux, de marcher sur les traces géographiques et historiques de la centrale, guidé par le collectif HMCA constitué par d’anciens techniciens de la centrale, M. Kali, M. Bompan, M. Casanova et par le collectif « Jesuisnoirdemonde ».

ATELIER


De retour sur les rives de l’étang du parc Cantefrêne, « Jesuisnoirdemonde », riche de sa transdisciplinarité (théâtre, paysagisme et scénographie), proposait une intervention et discussion autour d’une possible Vision d’avenir de la presqu’île. Depuis le cœur d’une installation in situ agissant comme révélateur de la beauté des lieux, « Jesuisnoirdemonde » transportait son public au-delà des frontières visibles du territoire, dans le temps ouvert d’un rêve de continuité pour ce « paysage indécis ». L’installation, soutenue par la poésie des mots, évoquait une vision utopiste du futur où des lumières-ballons flotteraient à l’endroit où s’élèvent les quatre cheminées de l’ancienne centrale. A l’instar du temps d’activité des cheminées, ils mettraient 30 ans à rejoindre le sol, allant progressivement à la rencontre de ballons végétaux, constructions mesurables du vivant qui résiste sur ce territoire industrialisé. Pour un avenir postindustriel de la presqu’île, « Jesuisnoirdemonde » propose une lisière, une matérialisation de l’entre-deux qui caractérise ce territoire fait de ruptures et de parcelles : « l’utopie n’est donc pas un objet fini. Elle est un arrangement, un compromis, un lieu qui s’ouvre au temps » (paroles proposées par Sophie Robin, membre du collectif).

Sont ensuite intervenus les membres de l’association HMCA travaillant à reconstituer l’histoire économique, sociologique et humaine du site, motivés par un désir collectif des riverains et anciens employés de sauver de l’oubli un patrimoine local en train de disparaître. L’association récolte encore aujourd’hui le plus grand nombre de témoignages possible et réfléchit à une formalisation des résultats. Au moyen d’outils différents, les artistes et les anciens employés de la centrale poursuivent un objectif commun de conservation de cette mémoire.

CASTING d’INITIATIVES


Le collectif bordelais Friche & Cheap, constitué par un groupe d’étudiants de l’école d’architecture et de paysagisme, travaille à la réhabilitation de lieux urbains délaissés, en situation transitoire, notamment par la création de jardins partagés (Friche Carl Vernet, rue Léhon Jouhaux).
Marie Bercé a fait d’un plaisir quotidien une activité professionnelle en créant Mamalupa : installée en tant qu’auto-entrepreneur, elle cuisine pour les autres sur des festivals, guinguettes ou dîners. Elle propose une cuisine généreuse qui va de paire avec sa conception du travail et des liens sociaux. Elle est aussi la première personne à avoir répondu à l’Avis de recherche du chantier mobile : un grand merci pour son investissement.

L’association ambézienne Gaïa se donne pour mission de sensibiliser la population sur des questions écologiques et travaille à des actions éco-citoyennes telles que la création de jardins familiaux.
Le conseil municipal des jeunes d’Ambès, représenté par sa jeune mairesse, participe à de nombreuses activités culturelles et citoyennes de la commune : spectacles, jardins collectifs, aide aux personnes âgées. Marius Petitpas est une association de danse ambézienne qui propose, en partenariat avec l’association La Clez des champs, un projet d’aide à destination des Restos du Coeur : une série de représentations auxquelles le public assiste en échange de dons de denrées non périssables.

ECHANGES


Les échanges de la station 3 du chantier mobile, « Zones industrielles en transition. Territoire de possibles. Alternatives économiques, écologiques, durables ? », réunissaient Eric Chauvier (anthropologue et écrivain), Jean-Marc Gancille (directeur du développement durable du projet Darwin, Jean-Paul Charrié (professeur et directeur de l’UFR géographie, université BXIII, spécialiste des questions d’économie bordelaise), Stéphane Hirschberger (architecte), Vincent Schoenmakers (AURBA, Bordeaux), Cyrille Berger (architecte), Elena Costelian (artiste) et le collectif HMCA.
Les intervenants étaient invités à échanger autour des causes réelles du démantèlement de la centrale et plus largement des transformations industrielles de la région bordelaise. Face à la désindustrialisation irrémédiable du territoire due aux réalités économiques actuelles, a été posée la question du devenir du site (dépollution ? Aménagements agricoles ? éco durables ?). Malgré l’impossibilité d’apporter une réponse close et définitive, la pluralité des spécialités et points de vue des intervenants a contribué à éclairer le destin de ce territoire en attente d’une nouvelle existence. Aborder cette problématique sous l’angle de l’imaginaire et de l’esthétique du territoire mais aussi à « hauteur d’homme » a été, lors de cet échange, une autre manière de faire émerger des usages possibles.

ILLUSIONS

1. Retour d’exploration : L’étrangeté de la presqu’île, par Eric Chauvier et Thibault Taconet qui proposaient mardi des images et des mots d’une beauté sombre et déconcertante où la nature mutilée reprend progressivement ses droits sur le territoire de la presqu’île en voie de désindustrialisation (concept de transbotanisme). Cette exploration provoque un décentrement du regard vers un site oublié en marge de Bordeaux, vers « l’inconscient de la ville patrimonialisée ».

2. Un voyage en comparaison, « Tchernobyl on tour » avec Elena Costelian (artiste) qui nous a fait partager son expérience du décalage à travers une visite du site de Tchernobyl dans un contexte touristique orchestré pour le regard occidental.

3. Sonores Betamax : « Does It Float ? » -Création audiovisuelle (Nicolas Pradeau et Arnaud Castagné) : la soirée s’est achevée sur des sons atmosphériques et des séquences vidéo contemplatives plongeant une dernière fois le public dans l’étrange et sublime paysage de la presqu’île, et dans l’espoir latent d’une continuité.

Stéphanie Dauget

Photos de Pierre Planchenault

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