Compte rendu station 10 Cité de la Benauge Bordeaux-Bastide
19 octobre 2011 dans Blog

Pour son avant dernière station, le chantier mobile d’EVENTO 2011 était accueilli vendredi 30 septembre par Le Brasero de Bruit du Frigo (http://www.bruitdufrigo.com/index.php?id=170 ) au cœur de la cité de la Benauge à Bordeaux-Bastide. La station 10 se déroulait autour du thème Micropolitiques des marges : exclus, invisibles, oubliés…
PREFIGURATION
La station 10 débutait par un moment informel et convivial autour d’un thé proposé par Le Brasero, outil d’activation urbaine mis en place depuis un an par Bruit du Frigo et qui sera plus amplement présenté au cours de la journée : ce temps d’immersion douce était l’occasion de rencontrer les habitants du quartier et d’échanger à propos de ce dernier.
TEMOINS
Georges Viala présentait La Banque Alimentaire de Bordeaux et de la Gironde (www.banquealimentaire33.org/ ) dont il est le président. Cette initiative est inspirée d’un modèle américain parti il y a 40 ans du constat de gaspillage alimentaire mondial (40 % de la production alimentaire mondiale est aujourd’hui gaspillée, 7 % des produits achetés sont jetés sans être déballés). La Banque Alimentaire récupère et redistribue les aliments dans plus de 150 associations et CCAS de la région. Pour palier un gaspillage des aliments redistribués, en grande partie dû à la méconnaissance culturelle des produits et à une idée reçue de la cuisine comme activité couteuse, la Banque Alimentaire met en place en 2005 la Cuisine mobile : un projet qui permet d’agir au cœur des quartiers pour renseigner sur la cuisine et générer des moments de lien. Depuis sa mise en place, la Cuisine mobile a mené 900 ateliers et fait participer 4000 personnes. Le projet est soutenu par le ministère de la santé.
Dylan (11 ans) et ses amis Isam, Bilal, Ayoub et Mustafa (tous âgés de 9 à 10 ans) sont venus présenter leur projet de récolte de fonds pour les Restos du Cœur. Les dignes représentants de ce groupe d’action (constitué de 15 enfants) ont bien précisé le cadre de leur initiative en soulignant le nombre croissant de repas servis chaque année par les Restos (60 millions cette année) et ont même invité la Banque Alimentaire à se joindre à leur démarche. Forts de leurs multiples propositions, comme un vide grenier, un spectacle avec repas, une vente de gâteaux, ils s’adressaient aux habitants de la Benauge mais aussi à tout volontaire pour un don ou du bénévolat. Toute personne intéressée peut contacter le Centre social et d’animation de Bastide-Benauge au 05 56 86 16 21.
Natalie Victor-Retali, que nous retrouvions sur la suite du déroulement de la station 10, présentait le réseau Education Sans Frontières de la Gironde (http://resf33.free.fr/ ) qu’elle a cofondé en 2005 (à la suite de celui de Paris en 2004). Ce réseau a vu le jour en réponse aux premières craintes d’arrestations d’enfants de familles étrangères. Il prône le droit à l’éducation pour tous les enfants du monde et, s’il se constitue d’un noyau dur d’une quinzaine de personnes, suscite toujours une très forte mobilisation pour la défense des droits de ces enfants.

ECHANGE
L’échange de la station 10 porté sur le thème Micropolitiques des marges : « les hommes infâmes » (cf. Michel Foucault) & les figurants (exclus, invisibles, empêchés, oubliés…). Les participants étaient Ismaël Patrice Achirou (soignant et écrivain, Noirs d’ici Blancs d’ailleurs, 2009 et Le dernier des SDF, 2011 tous deux publiés aux éditions Ecri’mages,), Mar Fall (sociologue, écrivain, artiste œuvrant pour la conservation de la mémoire africaine, son dernier roman est Présence africaine à Bordeaux de 1916 à nos jours, éditions Pleine Page, 2011), François Dubet (sociologue et écrivain, il a notamment écrit sur la marginalité juvénile et l’école, professeur à l’Université Bordeaux II et directeur d’études à l’EHESS), Georges Viala (Président de la Banque Alimentaire de Bordeaux et de la Gironde), Natalie Victor-Rétali (photographe ayant réalisé un travail dans le squat des Roms de la Benauge, enseignante puis directrice d’école, elle est cofondatrice et militante du Réseau Education Sans Frontières, élue du PCF à la municipalité de Bordeaux, elle est également rédactrice en chef de la revue L’ormée (cf. interview de Michelangelo Pistoletto dans le dernier numéro)), Olivier Peyroux & Laura Todoran (respectivement sociologue et artiste, ils mènent ensemble une démarche photographique, notamment Pancartes, une série de portraits de Roms présentée plus tard dans la soirée), Mehdi Hazgui (sociologue spécialiste des démarches participatives citoyennes et de développement durable, cabinet « Conseil et Etudes Sociologiques », Bègles) et Hélène Beaupère (Directrice de l’ADAV33, Association départementale des Amis des Voyageurs de la Gironde basée à Talence www.fnasat.asso.fr/assoce/33adav.html ).
Alors que la « constellation des hommes infâmes » s’accroit sans cesse, les intervenants ont esquissé ensemble le contexte d’une France paradoxale qui expose sa politique d’intégration alors qu’elle ne reconnait pas et n’assume pas les communautés qu’elle fabrique. Ne pouvant plus prétendre être encore aujourd’hui dans une configuration foucaldienne où les problèmes de cette France de la marge seraient méconnus, il s’agit alors pour les instances dominantes de faire preuve de courage en cessant d’étouffer les foules par la segmentation, en prenant la mesure de l’urgence et en repensant les cadres de vie politiques, économiques et sociaux en fonction des différences comme du métissage dont le pays est désormais composé : réduire les inégalités, créer des politiques individualisées, changer une représentation politique dans laquelle personne ne se reconnait… A ces trois enjeux énoncés par François Dubet et à la mise en relief des problèmes d’immigration, d’intégration et de précarité connus par les microgroupes de la France du XXIe siècle s’est mêlée l’exposition d’actions diverses menées pour « réduire la distance » : des démarches artistiques et d’écriture creusant une brèche dans l’épais mur d’indifférence qui rend invisibles ces communautés trop souvent réduites à une altérité qu’on préfère ignorer, la construction toujours laborieuse d’une réflexion collective autour de cadres de vie adaptés à des modes d’existence qui diffèrent des codes établis, le constat alarmant d’un enfant devant les aberrantes déclarations de ceux qui souhaitent gouverner un pays quand ils ne font qu’encourager son morcellement. Pour conclure cet échange, Eric Troussicot soulignait une double temporalité d’action : l’exigence de durabilité pour tout ce qui fonctionne dans notre société jointe à l’urgence de résoudre l’ampleur des problématiques soulevées.

ATELIERS
Présentation du projet LE BRASERO du Bruit du Frigo. Par Anne Cécile Paredes, chargée de projet.
L’association Bruit du Frigo fondée en 1997 par les deux architectes Gabi Farage et Yvan Detraz, coopte un panel de métiers et de personnes qui réfléchissent la ville et s’y investissent pour proposer des cadres de vie alternatifs. Le Brasero, atelier d’urbanisme utopique mené par Anne Cécile Paredes et Gwenaëlle Larvol, est un des projets qui permettent à l’équipe d’infiltrer par l’architecture temporaire l’urbanité plus traditionnelle en procédant par immersion et mise à contribution des habitants pour participer à la fabrique de la ville. A la fois créateurs et médiateurs, les membres du Bruit du Frigo interviennent pour une durée de deux ans au cœur de la cité de la Benauge grâce à cette architecture temporaire qui, depuis un an déjà, a accueilli un restaurant, une salle de musculation, de gym douce… : autant de stratégies de détournement pour attirer la parole. Leur rôle est à la fois de rassembler les idées émises par les habitants et d’en assurer le relai jusqu’aux instances décisionnelles, ainsi que de continuer à susciter un imaginaire producteur de réalité pour le devenir du lieu investi. Un des projets envisagés est celui de « l’institut du point de vue » : lieu de bien être et de prospective sur la ville depuis les toits des immeubles. Dans le cadre du Brasero est intervenue la photographe Kristine Thiemann (http://www.kristinethiemann.com/ ) qui a permis aux habitants de mettre en scène leurs envies : si un avant goût de ces moments de lien entre fantasme et possible réalité était projeté vendredi soir pour le plus grand plaisir des participants, une exposition complète des photographies sera inaugurée en avril prochain au 308, avenue Thiers.

Retour d’exploration : Suzanne Husky (www.suzannehusky.com/ ) artiste, avec Petites et grandes histoires.
Après avoir retracé l’histoire de sa propre famille et fait le constat des croisements possibles entre récits d’une histoire personnelle et évènements historiques, l’artiste Suzanne Husky s’est tournée vers les gens pour réaliser la même démarche avec eux. Ainsi, vendredi soir sont venus témoigner Gilbert (une histoire à échelle personnelle de l’immigration libanaise sur fond de colonialisme et d’exploitation économique français au Sénégal) et Jean-Yves (« des matriarcats bretons aux matriarcats de guerre » : une histoire de famille dans laquelle il retient surtout le long mouvement de libération des femmes), deux personnages aux origines, identités et personnalités très différentes mais qui ont eu en commun le désir et la connaissance nécessaire de leur histoire pour contribuer à éclairer d’une manière vivante l’histoire avec un grand H. Sur l’écran de projection, l’artiste et ses comparses nous dévoilaient également un travail de documentation visuelle (photos de famille, œuvres d’art, affiches de propagandes, articles de journaux…) représentatif de cet enchevêtrement où l’incursion de la mémoire individuelle dans une histoire collective insuffle une dimension intimiste à l’Histoire d’un monde ramenée à l’échelle d’une vie humaine. Suzanne Husky a continué de livrer au public des pans de la diversité identitaire qui peuple le territoire bordelais par la diffusion d’entretiens vidéo (Diabira, Angel, Avy…).

Pancartes. Présentation du travail photographique de Olivier Peyroux et Laura Todoran.
Afin d’aller contre le dangereux amalgame qui placent les populations en marge des codes sociétaux traditionnels dans une invisibilité et un isolement critiques, les deux artistes ont fait d’un objet devenu un symbole de la mendicité un support d’expression personnelle visant à rendre leur identité et leur individualité aux personnes « derrière la pancarte » : ils ont réalisé une série de portraits photographiques de Roms dans lesquels chacun tient devant lui ce morceau de carton où il a pu inscrire son parcours de vie, sa situation familiale, financière, les problèmes qu’il rencontre pour pouvoir vivre décemment, sa volonté de s’en sortir malgré tout…
SONORES
Rafaël Bernabeu (eportmusic.com/) intervenait pour la troisième fois sur le chantier mobile pour clôturer sa station 10. Il diffusait pour l’occasion, parmi ses compositions sonores électroniques, un discours de Lawrence Lessig, juriste américain connu internationalement pour sa lutte contre une utilisation abusive du droit d’auteur et pour un accès libre à la culture pour tous, plus particulièrement sur Internet. Lawrence Lessig est le fondateur du Center for Internet and Society à l’université de Harvard et l’auteur de l’ouvrage désormais incontournable Free culture(2004).
Stéphanie Dauget
EVENTAIL D’EVENTO #10 / Écosystème urbain
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Par Radio Grenouille.
Télécharger le podcast au format MP3











Partager cette info
Partagez-le sur Facebook
Tweetez-le!
S'abonner aux commentaires ?
Partagez-le sur Wikio
Enregister sur del.icio.us
Ajouter à Netvibes
Articles sur le sujet
SOUND RES : DES PERFORMANCES MUSICALES OUVERTES AUX MUSICIENS BORDELAIS
Le programme d’ateliers musicaux, ouvert aux musiciens, compositeurs et au grand public, se situe au cœur de la résidence d’activation sonor...Lire la suite
France CULTURE en direct au CAPC !
Jeudi 6 octobre, France Culture délocalise deux de ses émissions phare dans le cadre de la 2ème édition d’EVENTO à Bordeaux. Depuis le CAP...Lire la suite